Texte : Charles Labrie
Très chère Maryse (St-Laurent),
Deux mamans de East Angus, se souvenant de toi comme ayant été une présence précieuse pour leurs enfants, me précisaient la semaine dernière que « Maryse prenait sa retraite en décembre. » Je me suis dit : « Pas Maryse… déjà! » je t’ai croisée, quelques jours plus tard, lors du décès de ton père et tu me confirmais ta décision. Je t’écris cette lettre dans un moment de grâce au cours duquel je tiens à rappeler, in vivo, toute ma singulière reconnaissance.
De nombreux adultes et jeunes, en besoins très particuliers, ont bénéficié de ta source intarissable de valeurs au cours de ta carrière en éducation spécialisée. Tu es affection, tu es compassion, tu es écoute active, intense et sujet d’attachement. J’ai eu l’occasion, lors de remplacements dans la classe-ressource, de te voir dans le concret du quotidien. Chaque fois, je suis subjugué par l’intensité de ton accueil à l’endroit des jeunes qui te sont confiés… tes bras se tendent en invitation et tout ton regard projette un sourire unique. Tout ça, dit sans dire : « qu’est-ce que je peux faire pour toi? » tout est là! Au même moment, tout s’anime, tout s’orchestre si magnifiquement que je me demande, encore, Maryse, d’où viennent toutes ces forces? Est-ce l’instinct, l’intuition ou la passion? Chose certaine, tout s’enchaîne discrètement et produit son effet papillon. Tu sais tellement bien comment guider un jeune, à la fois, comme un parent, quoi! Tu en prends soin comme un de tes enfants! Stratégie? Non! C’est ton cœur qui parle. Lors d’une discussion entre nous, tu me précisais :« Charles, il n’y a pas de véritable apprentissage sans l’émotion à la base. Que ce soit au plan des connaissances ou d’habiletés à développer. » C’est ça ton socle d’action duquel émerge cet élan d’espoir et de présence affective intense. Tu ne juges pas. Tu prends la main… et vos premiers pas tracent la marche à venir. Avant tout cela, il y a eu des ailleurs qui ont mûri…
Dans un premier ailleurs, c’est dans le domaine de la coiffure et de l’esthétique que tu effectues des études, en présence d’une ancienne collègue à notre école, Louise Poisson. Cette femme t’aura marquée profondément par sa douceur, son charisme, sa rigueur et sa compétence. Tout cela ne te comble pas. Tu ressens un besoin plus profond : écouter et venir en aide dans un milieu à découvrir…
Ce deuxième ailleurs, tu le vis au niveau collégial, en sciences humaines. À la suite de cette expérience, la voie de l’éducation spécialisée s’offre à toi. Tes stages combleront l’essentiel de tes aspirations profondes. Tu rencontres des personnes âgées en institution, puis des adultes de 15 à 35 ans en milieu psychiatrique… puis vient cette rencontre qui émeut tout ton être : ton stage au milieu de jeunes déficients intellectuels au « Centre Notre-Dame de l’Enfant » : une mèche s’allume… mèche allumée qui fera long feu, jusqu’à nous, 34 années durant!
C’est chez nous que tu déposes ton ancre d’appartenance. Au cœur de celle-ci, tes valeurs toujours vives et mouvantes. Au jour le jour, un jeune à la fois… et mèche allumée! Cette dernière t’éclairera de manière intense dans la classe de Caroline. Tu te souviens? Tu ressentais et tu continues de ressentir et d’entendre ta petite voix intérieure comme une vibration, un mantra : « C’est ici ma place, ça, c’est ma vie (…)! », me diras-tu. Tu es une Maryse vraie, aimante, chaleureuse et accueillante… tu sais, d’intuition, tendre la main et marcher le chemin…
Dans ta cinquième saison, puisses-tu grappiller des petits bonheurs pour un bouquet à partager avec « d’autres humains de ta race » toi, notre étoile filante et papillon bleu, tu sauras habiter nos mémoires… pourquoi pas, dans ce temps filant à vive allure, continuer à briller dans nos milieux, comme notre petite « Mère Teresa »!!!
Au nom de tous tes collègues et de la direction, nous te souhaitons une retraite heureuse, toi et ton conjoint, ta fille Julia et ta famille maternelle.
Charles

