Texte : Charles Labrie
TRÈS CHÈRE JOSÉE!
Quand j’entre à l’école (encore!) après avoir « bonjourner » Véronique, appuyé à ton MUR… je te salue! Et toi, d’ajouter d’un ton bienveillant et pince-sans-rire : « Qu’est-ce que tu fais ici, toi, Charles Labrie? » Je sais trop bien que cela veut dire : « Je suis contente de te revoir! » Dans l’écho de ton accueil, je t’écris cette lettre.
Dans un autre contexte, aujourd’hui, j’aimerais que tu m’indiques la raison principale pour laquelle tu as fait le choix d’une carrière en éducation spécialisée : « À l’occasion d’une garde d’enfants, j’ai été en contact avec une déficiente intellectuelle. Je me suis dit, c’est avec ces gens-là que je veux travailler! » À la fin de tes études collégiales, en éducation spécialisée, on te confie une tâche au CENTRE D’ACCUEIL DU RELAIS ST-FRANÇOIS. Tu as la responsabilité de jeunes âgés de 12 à 17 ans. C’est là tout un défi en début de carrière! Des jeunes marginalisés, abandonnés par leur famille, parfois anxieux, frustrés par l’école et déprimés qui, derrière le masque, appellent à l’empathie, à un lien affectif durable! Tu sais tellement bien dénouer une situation tendue. Outre tous les outils qu’on t’a enseignés, c’est davantage qui tu es QUI PARLE PLUS QUE TOUT CE QUE TU SAIS! Ce talent-là, il t’habite encore. Grâce à cette force quasi innée, c’est ton humaine personne qui sait entrer dans la singularité de l’autre. Huit ans plus tard, riche d’expériences diverses et d’une expertise assumée, tu atterris, ici, à notre école, pour le meilleur de nos jeunes.
Tu es des nôtres en 1996. Très tôt, tu manifestes le désir de travailler en équipe. C’est là un besoin viscéral pour toi. Tes collègues peuvent le confirmer. INTERVENANTE en titre au premier cycle, tu reçois des élèves à la recherche d’espoir. Ton accueil spontané et sans artifice, tes bonjours grands comme le soleil levant, tant pour les jeunes que pour les membres du personnel, ont vite fait de toi une personnalité dont on se souvient. Un de ces matins, alors que je quittais ton local, un jeune t’attendait à l’entrée. Tu lui dis spontanément : « Bonjour mon grand! Viens t’asseoir! ». Que de L’HUMAIN, oui, et LIBÉRATEUR de tensions! Tout est là!
Tu m’as déjà dit que les jeunes qu’on accueille maintenant sont d’une culture bien différente de celle des années 1990. Leur environnement culturel et le nôtre a changé : le web, les portables pour tous, les médias sociaux, les influenceurs… Tu dois composer avec une toute nouvelle génération. Ton secret, Josée, je pense, c’est ta flexibilité, ta capacité d’ADAPTATION dans l’aujourd’hui du jeune, sans ignorer « que toute la société actuelle veut que l’école embrasse tous les problèmes (…) On nous en met beaucoup sur les épaules ». On croit que l’école peut tout faire : prendre les devants, soutenir, éduquer, etc. Ton équipe et toi n’avez pas à rivaliser par des gestes spectaculaires… mais veiller dans l’ombre à faire battre le cœur de ces jeunes, en quête de survie parfois. Ton objectif n’est pas de régler, dans l’Immédiat, la source du problème, mais de trouver la « faille », la porte d’entrée, apte à bien soutenir et bien accompagner le jeune. Bien au-delà des outils que tu sais trop bien utiliser, pour chacun des jeunes qui t’est confié, c’est finalement ta PERSONNALITÉ PRÉGNANTE qui produit son effet, Josée! En ce moment, j’écoute la chanson « ATTEMPT » du grand Léonard Cohen. Je te dédie cet extrait que tu incarnes tellement bien dans ta tâche au quotidien, et ce, depuis des décennies! : « There is a crack in every thing… that’s how the light gets in. » (Il y a une fissure en toute chose, c’est ainsi que la lumière peut entrer.) Je crois te reconnaître, Josée, n’est-ce pas?
Bonne retraite, Josée, en compagnie de ton conjoint, tes amis et votre petit chien Tom!

